Sobriété californienne : pourquoi l'apéro change de forme
mathis bricourt
Sobriété californienne : ce que disent vraiment les données
Par la rédaction Gummiz — Septembre 2026 · Lecture : 15 min · Dernière mise à jour : septembre 2026
Réponse rapide
La sobriété californienne consiste à réduire ou abandonner l'alcool en gardant le cannabis, généralement à faible dose. Le mouvement s'est installé : le segment sans alcool a recruté 61 millions de nouveaux consommateurs entre 2022 et 2024.
Mais les données scientifiques se contredisent, et c'est le point que personne n'explique. Les essais contrôlés en laboratoire observent bien une substitution. Les enquêtes en population observent l'inverse : les consommateurs réguliers de cannabis boivent plus d'alcool que la moyenne, pas moins.
Les deux résultats sont exacts. Ils ne mesurent simplement pas la même chose — l'un l'effet aigu sur une soirée, l'autre les habitudes sur des années. Cet article explique comment les réconcilier, et ce qu'on peut honnêtement en conclure.
Ce qui se passe sur le marché
Le sans-alcool n'est plus un rayon de repli : c'est devenu le moteur de croissance le plus rapide de l'industrie de la boisson. Le segment no/low a progressé de 9 % en volume sur 2024 et recruté 61 millions de nouveaux consommateurs en deux ans. Le marché des boissons fonctionnelles est estimé entre 160 et 180 milliards de dollars pour 2026.
Côté génération, entre 45 et 50 % des adultes les plus jeunes déclarent n'avoir jamais bu d'alcool. Les analystes du secteur des spiritueux notent en parallèle un déplacement esthétique : les codes de la Gen Z abandonnent l'imagerie traditionnelle de l'alcool au profit d'une esthétique inspirée du bien-être et du cannabis.
Premier contre-pied : ce n'est pas un phénomène de jeunes
Le récit dominant présente la substitution comme une affaire de Gen Z. Les données de consommation disent autre chose.
Une enquête menée auprès de consommateurs de boissons infusées au THC montre que la tranche 35-54 ans constitue le groupe le plus nombreux, à 53 %. Plus d'un tiers des consommateurs ont même plus de 55 ans. Le profil type n'est pas l'étudiant en festival, c'est l'actif de quarante ans.
La même enquête donne un second contre-pied, sur le lieu. 67 % consomment chez eux, contre 14 % en contexte social type club, 6 % en soirée et 3 % en festival. La substitution ne remplace pas la sortie du samedi soir — elle remplace le verre du mardi devant la télé. C'est une pratique domestique, pas festive, ce qui change complètement le cadrage habituel du sujet.
Les motivations déclarées suivent la même logique : 78 % citent simplement le fait de se détendre, plus de la moitié l'évitement de la gueule de bois, et 51 % une aide au sommeil. Ces enquêtes émanent d'acteurs du secteur et portent sur leurs propres clientèles — elles décrivent une population déjà convertie, pas la population générale. Elles restent utiles pour le profil, pas pour mesurer une prévalence.
Le paradoxe des données
Voici le cœur du sujet, et le passage que l'on ne trouve nulle part dans les contenus commerciaux sur la tendance. Deux corpus de recherche arrivent à des conclusions opposées.
Ce que montre le laboratoire : une substitution réelle
Un essai conduit par l'équipe de Jane Metrik à la Brown University a porté sur 157 adultes de 21 à 44 ans, gros consommateurs d'alcool et consommateurs de cannabis au moins deux fois par semaine. Chaque participant s'est prêté à trois visites en laboratoire, avec du cannabis faiblement dosé, fortement dosé, ou un placebo.
Les résultats vont dans le sens de la substitution, et sur trois mesures distinctes. Le cannabis a réduit l'envie d'alcool sur le moment. Il a réduit la quantité consommée sur une période de deux heures. Et il a retardé le moment où les participants ont commencé à boire une fois l'alcool disponible.
La chercheuse a résumé le résultat en indiquant qu'au lieu de voir le cannabis augmenter l'envie et la consommation d'alcool, l'équipe a observé le contraire. C'est une donnée expérimentale, contrôlée, avec placebo — le niveau de preuve le plus solide disponible sur ce sujet.
Ce que montre la population : une complémentarité
Les enquêtes en population donnent une image inverse, et les chiffres français sont frappants. Une enquête menée en France auprès des 18-25 ans a mesuré que 15 % de l'ensemble consommaient de l'alcool au moins trois fois par semaine, et 4,1 % quotidiennement.
Chez les consommateurs réguliers de cannabis de la même tranche d'âge, ces proportions montent à 41 % pour la consommation d'alcool au moins trois fois par semaine, et 12,9 % pour la consommation quotidienne. Soit environ trois fois plus dans les deux cas.
Une étude publiée dans Substance Use & Misuse, portant sur 1 017 participants de 18 à 25 ans, va dans le même sens : les personnes qui consomment davantage de cannabis sont aussi celles qui consomment davantage d'alcool, plus souvent et sur de plus longues périodes. Environ 70 % de ceux qui associent les deux substances en sont des usagers très réguliers, au moins hebdomadaires.
Enfin, les analyses menées après légalisation dans plusieurs juridictions n'ont pas observé de baisse correspondante de la consommation d'alcool.
Comment les deux peuvent être vrais
La réconciliation
Les deux corpus ne posent pas la même question. Le laboratoire mesure un effet aigu : que se passe-t-il dans les deux heures qui suivent une prise de cannabis, quand de l'alcool est disponible. L'épidémiologie mesure un profil de consommateur : à quoi ressemblent, sur des années, les habitudes de ceux qui consomment du cannabis. Un produit peut parfaitement réduire l'envie d'alcool ce soir-là, et être malgré tout consommé majoritairement par des gens qui boivent davantage que la moyenne. La substitution existe au niveau de l'occasion ; elle n'est pas démontrée au niveau du mode de vie.
Cette distinction a une conséquence pratique directe. Elle signifie que la substitution ne se produit pas toute seule. Elle suppose une intention explicite — décider de remplacer, pas simplement d'ajouter. C'est précisément la différence entre les personnes qui pratiquent la sobriété californienne et celles qui accumulent les deux, et l'immense majorité des données épidémiologiques porte sur la seconde population.
Le mécanisme qui explique la complémentarité
Il existe une explication biologique à cette association, et elle est rarement mentionnée parce qu'elle contrarie le récit de la substitution.
Des travaux menés chez l'animal ont examiné le rôle du récepteur CB1 — la cible du THC — dans les comportements de consommation d'alcool. Les résultats suggèrent que l'activation des récepteurs CB1 augmente la demande d'alcool. À l'inverse, l'administration d'antagonistes du CB1, c'est-à-dire de molécules qui bloquent ce récepteur, réduit la consommation volontaire d'alcool chez le rat.
Autrement dit, le système endocannabinoïde participerait au circuit neuronal qui module les propriétés renforçantes de l'éthanol. Stimuler le CB1, ce que fait le THC, agirait dans le sens d'une augmentation de l'appétence pour l'alcool, pas d'une diminution.
Ces données sont animales et ne se transposent pas mécaniquement à l'humain. Elles fournissent néanmoins une hypothèse cohérente avec ce qu'observent les enquêtes en population, là où le récit de la substitution n'en propose aucune.
Les sept critères d'un vrai produit de substitution
La question « le cannabis peut-il remplacer l'alcool » a été formalisée. En 2014, Meenakshi Sabina Subbaraman a publié dans Alcohol and Alcoholism une analyse des recherches sur cannabis et dépendance à l'alcool, assortie de sept critères permettant d'évaluer si une substance qualifie comme produit de substitution.
Appliquer honnêtement cette grille est plus instructif que n'importe quel argument.
| Critère | Ce que disent les données |
|---|---|
| Réduire la consommation d'alcool et les dommages associés | Établi en laboratoire sur l'effet aigu. Non établi au niveau des habitudes. |
| Être moins nocif que l'alcool | Plausible sur plusieurs plans — hépatique, calorique, absence de dose létale établie. |
| Avoir un potentiel d'abus inférieur | Inférieur, mais réel. Le trouble de l'usage du cannabis est une entité clinique reconnue. |
| Remplacer l'alcool, et non être consommé avec | Non satisfait. Les données de population montrent massivement une consommation conjointe. |
| Être plus sûr en cas de surdose | Satisfait. Aucune dose létale de THC établie chez l'adulte, contrairement à l'alcool. |
| Ne pas accentuer l'effet de l'alcool | Non satisfait. L'alcool augmente la biodisponibilité du THC ; l'association est associée à davantage d'excès. |
| Bilan | Deux critères clairement non satisfaits, tous deux liés à la consommation conjointe. Le cannabis remplit les critères de moindre nocivité, mais échoue sur l'exclusivité. |
La conclusion utile n'est pas que la substitution serait impossible, mais que le point de bascule est identifié : tout se joue sur l'exclusivité. Une sobriété californienne où l'on ajoute le cannabis sans retirer l'alcool échoue sur les deux critères qui posent problème. Une pratique où l'on retire réellement l'alcool en satisfait davantage.
Le vocabulaire de la tendance
| Terme | Ce que ça désigne |
|---|---|
| Sober curious | Le plus large. Questionner son rapport à l'alcool, tester une réduction, sans engagement définitif ni substitution obligatoire. |
| Cali sober | Version spécifique : l'alcool est réduit ou abandonné, le cannabis est conservé, le plus souvent à faible dose. |
| Zebra striping | Alterner boisson alcoolisée et boisson sans alcool au cours d'une même soirée. Un compromis de rythme, pas un choix de camp. |
| Sessionable | Se dit d'un format assez léger pour être consommé sur la durée sans que la soirée bascule. |
Le zebra striping mérite une précision au regard de ce qui précède : il s'entend entre alcool et boissons sans alcool. L'appliquer en alternant alcool et produit psychoactif revient exactement à la consommation conjointe qui fait échouer deux des sept critères.
Le comparatif honnête
| Critère | Alcool | Edible faiblement dosé |
|---|---|---|
| Lendemain | Gueule de bois : déshydratation, céphalées, nausées | Pas de gueule de bois au sens propre. Lourdeur résiduelle possible à dose élevée |
| Calories | Denses et systématiques | Négligeables — mais l'appétit augmente nettement |
| Ajustement en cours de soirée | Immédiat — on sent, on ralentit | Impossible. Délai de 45 à 90 min avant le premier effet |
| Durée | 2 à 4 h selon la quantité | 6 à 8 h par voie orale. Déborde sur la nuit |
| Sommeil | Endormissement rapide, seconde moitié de nuit fragmentée | Endormissement facilité, mais suppression du sommeil paradoxal |
| Conduite | Seuil légal existant | Tolérance zéro. Aucun seuil |
| Surdose | Dose létale établie | Aucune dose létale établie chez l'adulte |
| Tolérance | S'installe avec l'usage régulier | S'installe aussi, et plus vite qu'on ne le croit |
Sur le sommeil, une nuance importante que les deux colonnes masquent : les deux substances réduisent le sommeil paradoxal, mais par des mécanismes différents. L'alcool le supprime en première partie de nuit et provoque un rebond fragmentant la seconde moitié. Le THC le supprime plus uniformément, avec un rebond différé qui survient à l'arrêt de la consommation. Passer de l'un à l'autre ne restaure donc pas automatiquement une architecture de sommeil normale. Le détail figure dans notre article sur le sommeil.
Le microdosage social : le vrai changement de format
Ce qui a rendu la tendance viable n'est pas une molécule nouvelle, c'est un changement d'échelle. Le segment qui progresse le plus vite n'est pas celui des produits puissants, c'est celui des faibles doses, de l'ordre de 2,5 à 5 mg par portion.
L'objectif de ces formats n'est pas de planer mais de reproduire ce que fait un verre : une légère désinhibition, un relâchement, un moment marqué. À ces quantités, l'effet reste compatible avec une conversation — ce qui est exactement le cahier des charges d'un apéritif.
Pourquoi le format liquide colle particulièrement bien
Un sirop dosé au millilitre permet ce que la tendance recherche : ajuster finement, diluer dans une boisson, servir un verre qui ressemble à un verre. Un bouchon gradué délivre une quantité connue à l'unité près, là où un bonbon impose une dose fixe et une part de gâteau une dose inconnue. Le fonctionnement de ce format est détaillé dans notre guide du sirop.
Les quatre erreurs de la transition
1. Raisonner en « verres »
Le réflexe est d'aligner les quantités sur l'habitude. Ça ne fonctionne pas : l'alcool s'ajuste en temps réel, l'edible non. Trois prises espacées d'une heure convergent vers le foie et produisent un effet cumulé sans rapport avec trois verres étalés.
2. Prendre au moment de l'apéritif
Un apéritif agit en quinze minutes. Un edible met quarante-cinq à quatre-vingt-dix minutes et atteint son pic deux à trois heures plus tard. Pris à dix-neuf heures, le maximum tombe vers vingt-deux heures, souvent après le moment social visé.
3. Faire les deux
C'est l'erreur la plus fréquente pendant la transition, et c'est celle qui fait échouer deux des sept critères de substitution. L'alcool augmente la biodisponibilité du THC : la dose effective grimpe sans que la quantité consommée ait changé. Les données de population associent par ailleurs la consommation simultanée à davantage d'excès, pas moins. Le sujet est développé dans notre article sur le mélange.
4. Oublier le retour
C'est le point sur lequel la substitution est plus contraignante que l'alcool. Avec l'alcool, un délai permet de repasser sous un seuil. Avec le THC, la tolérance est nulle au volant et la fenêtre de détection dépasse largement la durée des effets. Les conséquences d'un contrôle figurent dans notre article dédié, et les fenêtres de détection dans ce guide.
Comment procéder, à la lumière de ce qui précède
| Principe | Pourquoi, au vu des données |
|---|---|
| Remplacer, pas ajouter | C'est le seul point qui distingue une substitution d'une consommation conjointe — celle qui fait échouer deux des sept critères et qui domine les données de population. |
| Une occasion, pas un mode de vie | La substitution est établie au niveau de l'occasion, pas des habitudes. Cibler une soirée par semaine reste dans le périmètre de ce qui est documenté. |
| Partir très bas | Le segment qui fonctionne est celui des faibles doses. Chercher le minimum efficace, pas à reproduire un état. |
| Anticiper de 90 minutes | Le délai d'action est la principale différence pratique avec un verre. |
| Garder le rituel | Le verre, le glaçon, le geste. La croissance du sans-alcool montre que le besoin porte largement sur le rituel, pas sur la molécule. |
| Espacer | La tolérance s'installe plus vite qu'on ne l'imagine. Un usage quotidien reproduit exactement le mécanisme qu'on cherchait à quitter. |
Ce que cette substitution n'est pas
Ce n'est pas un traitement. Les auteurs de l'essai de la Brown University le précisent eux-mêmes : leurs résultats ne signifient pas que le cannabis devrait être recommandé comme substitut thérapeutique à l'alcool. Ils soulignent que le cannabis peut lui-même créer une dépendance, et qu'il existe un risque d'évolution vers une consommation problématique. Une consommation d'alcool difficile à réduire relève d'un accompagnement professionnel.
Ce n'est pas une absence de risque. Pas de gueule de bois ne signifie pas sans conséquence. Le THC installe une tolérance et affecte l'architecture du sommeil ; le trouble de l'usage du cannabis est une entité clinique reconnue. Les mécanismes sont détaillés dans notre article sur la tolérance.
Ce n'est pas transposable hors du laboratoire sans réserve. Les chercheurs notent également qu'il n'est pas établi que la réduction observée se maintienne en conditions réelles, lorsque les gens boivent en société ou consomment des produits plus dosés que ceux de l'essai.
Ce n'est pas adapté à tout le monde. Le THC est contre-indiqué en cas d'antécédents personnels ou familiaux de troubles psychotiques, pendant la grossesse et l'allaitement, et en cas de traitement métabolisé par les mêmes enzymes hépatiques — sujet traité dans notre guide des interactions.
La variante sans psychoactif
Une partie de ceux qui explorent le sans-alcool ne cherchent aucun effet de substitution. Ils veulent le rituel, le goût, le moment — sans rien qui altère quoi que ce soit. C'est cohérent avec la donnée la plus solide de tout ce dossier : la croissance du segment no/low porte majoritairement sur des boissons sans aucune substance active.
C'est le terrain des formulations sans cannabinoïde intoxicant : CBD pour la détente, plantes adaptogènes pour la gestion du stress en amont. Leur avantage tient en une phrase : aucune question de conduite, de dépistage ni de tolérance. Le fonctionnement du CBD, et pourquoi la formule « non psychoactif » qu'on lit partout est un raccourci inexact, sont expliqués dans notre guide complet.
Une faible dose suppose de connaître la dose
C'est tout l'enjeu du microdosage social : sans quantité indiquée par unité et sans certificat d'analyse, « faible dose » n'est qu'une intention.
Questions fréquentes
Le cannabis réduit-il vraiment la consommation d'alcool ?
Les données se contredisent, et les deux sont exactes. Un essai contrôlé mené à la Brown University sur 157 adultes a observé une réduction de l'envie d'alcool, de la quantité consommée sur deux heures, et un retard du moment où les participants commençaient à boire. À l'inverse, les enquêtes en population montrent que les consommateurs réguliers de cannabis boivent davantage que la moyenne. Le laboratoire mesure un effet aigu, l'épidémiologie un profil de consommateur : la substitution est établie au niveau de l'occasion, pas du mode de vie.
Que disent les chiffres français ?
Une enquête menée en France auprès des 18-25 ans a mesuré que 15 % de l'ensemble consommaient de l'alcool au moins trois fois par semaine et 4,1 % quotidiennement. Chez les consommateurs réguliers de cannabis de la même tranche d'âge, ces proportions montent respectivement à 41 % et 12,9 % — soit environ trois fois plus dans les deux cas. C'est l'un des arguments les plus solides en faveur de la complémentarité plutôt que de la substitution.
Existe-t-il une explication biologique à cette association ?
Des travaux chez l'animal suggèrent que l'activation des récepteurs CB1 — la cible du THC — augmente la demande d'alcool, tandis que des molécules bloquant ce récepteur réduisent la consommation volontaire chez le rat. Le système endocannabinoïde participerait ainsi au circuit modulant les propriétés renforçantes de l'éthanol. Ces données sont animales et ne se transposent pas mécaniquement à l'humain, mais elles offrent une hypothèse cohérente avec les observations en population.
Le cannabis remplit-il les critères d'un produit de substitution ?
Partiellement. Une grille publiée dans Alcohol and Alcoholism en 2014 énonce sept critères. Le cannabis satisfait ceux de moindre nocivité et de plus grande sécurité en cas de surdose. Il échoue en revanche sur deux critères, tous deux liés à la consommation conjointe : il doit remplacer l'alcool et non être consommé avec lui, et il ne doit pas en accentuer l'effet. Tout se joue donc sur l'exclusivité de la substitution.
Est-ce vraiment une tendance de jeunes ?
Non, et c'est un contre-pied notable. Une enquête auprès de consommateurs de boissons infusées au THC montre que la tranche 35-54 ans constitue le groupe le plus nombreux, à 53 %, et que plus d'un tiers des consommateurs ont plus de 55 ans. La pratique est par ailleurs largement domestique : 67 % consomment chez eux, contre 14 % en contexte social. Elle remplace davantage le verre du soir en semaine que la sortie du samedi.
Peut-on alterner les deux dans la même soirée ?
C'est précisément ce qu'il faut éviter, et pas seulement pour des raisons de confort. L'alcool augmente la biodisponibilité du THC : la dose effective grimpe sans que la quantité consommée ait changé. Les données de population associent par ailleurs la consommation simultanée à davantage d'excès. Le zebra striping s'entend entre alcool et boissons sans alcool, pas entre alcool et produit psychoactif.
Le sommeil s'améliore-t-il en arrêtant l'alcool pour du THC ?
Pas automatiquement. Les deux substances réduisent le sommeil paradoxal, mais par des mécanismes différents : l'alcool le supprime en première partie de nuit avec un rebond qui fragmente la seconde moitié, le THC le supprime plus uniformément avec un rebond différé qui survient à l'arrêt de la consommation. Passer de l'un à l'autre ne restaure donc pas une architecture de sommeil normale.
Est-ce une méthode pour arrêter l'alcool ?
Non, et les auteurs de l'essai de la Brown University le précisent eux-mêmes : leurs résultats ne signifient pas que le cannabis devrait être recommandé comme substitut thérapeutique. Ils soulignent que le cannabis peut créer une dépendance et qu'il existe un risque d'évolution vers une consommation problématique. Une consommation d'alcool difficile à réduire relève d'un accompagnement professionnel.
Peut-on conduire après une faible dose ?
Non. Contrairement à l'alcool où un seuil existe, la tolérance est nulle au volant pour le THC, et la fenêtre de détection dépasse largement la durée des effets ressentis. C'est le point sur lequel cette substitution est plus contraignante que l'alcool, pas moins : le retour doit être organisé avant la soirée.
Glossaire
| Terme | Définition |
|---|---|
| Cali sober | Sobriété californienne. Réduction ou abandon de l'alcool avec maintien du cannabis, généralement à faible dose. |
| Effet de substitution | Remplacement d'une substance par une autre. À distinguer de la complémentarité, où les deux sont consommées ensemble ou par les mêmes personnes. |
| Complémentarité | Situation où l'usage d'une substance s'accompagne d'un usage accru de l'autre. C'est le schéma dominant dans les données de population. |
| Effet aigu | Effet observé dans les heures suivant une prise unique. À distinguer des habitudes de consommation mesurées sur des mois ou des années. |
| Antagoniste CB1 | Molécule bloquant le récepteur CB1. Chez l'animal, réduit la consommation volontaire d'alcool, à l'inverse de ce que fait un agoniste comme le THC. |
| Zebra striping | Alternance de boissons alcoolisées et sans alcool au cours d'une même soirée. |
| No/low | Segment des boissons sans alcool ou à faible teneur. Moteur de croissance le plus rapide du secteur des boissons. |
| Sessionable | Se dit d'un produit assez léger pour être consommé sur la durée d'une soirée sans que celle-ci bascule. |
| Sommeil paradoxal | Phase impliquée dans la consolidation mémorielle et le traitement émotionnel. Réduite par l'alcool comme par le THC, selon des mécanismes différents. |
Pour aller plus loin
Doser une faible dose. Le format liquide, ajustable au millilitre, est traité dans le guide du sirop. Les repères par profil figurent dans le guide de dosage, et les conseils de première expérience dans l'article dédié.
Le point critique : ne pas mélanger. Pourquoi l'alcool amplifie l'effet du THC au lieu de le compenser : l'article sur le mélange.
Rester sous le seuil. Pourquoi une petite dose détend et une grosse produit l'inverse : l'article sur l'effet biphasique.
Organiser le retour. Les conséquences d'un contrôle routier sont détaillées dans cet article, et les fenêtres de détection dans le guide dédié.
Ce qui se passe sur la durée. L'installation de la tolérance est expliquée dans cet article, l'effet sur l'architecture du sommeil dans celui-ci, et le rôle du timing dans l'article sur l'horloge interne.
La variante sans psychoactif. Le fonctionnement du CBD est détaillé dans notre guide complet, la méthode de dosage dans l'article dédié, et l'usage face au stress dans celui-là.
Rédigé par la rédaction Gummiz — septembre 2026. Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Substituer une substance psychoactive à une autre n'est pas une prise en charge : une consommation d'alcool difficile à réduire relève d'un accompagnement professionnel. Le THC est contre-indiqué en cas d'antécédents de troubles psychotiques, pendant la grossesse et l'allaitement. Vente interdite aux mineurs. Ne pas conduire après consommation.
Sources : essai contrôlé conduit par l'équipe de Jane Metrik (Brown University) sur 157 adultes de 21 à 44 ans, gros consommateurs d'alcool et consommateurs de cannabis au moins deux fois par semaine, avec trois visites en laboratoire et conditions faible dose / forte dose / placebo — réduction de l'envie d'alcool, de la quantité consommée sur deux heures et retard du délai avant la première consommation · Subbaraman M.S., Alcohol and Alcoholism, 2014 — revue des recherches sur cannabis et dépendance à l'alcool et énoncé de critères d'évaluation d'un produit de substitution · Étude publiée dans Substance Use & Misuse sur 1 017 participants de 18 à 25 ans concernant l'usage simultané d'alcool et de cannabis · Enquête française auprès des 18-25 ans comparant la fréquence de consommation d'alcool entre population générale et consommateurs réguliers de cannabis · Travaux précliniques sur le rôle du récepteur CB1 dans les comportements de consommation d'alcool et sur l'effet des antagonistes CB1 chez le rat · Données de marché sur le segment no/low (progression de 9 % en volume sur 2024, 61 millions de nouveaux consommateurs entre 2022 et 2024) et sur la croissance des formats faiblement dosés. Les données démographiques et de motivation relatives aux consommateurs de boissons infusées proviennent d'enquêtes menées par des acteurs du secteur auprès de leur propre clientèle : elles décrivent une population déjà convertie et ne mesurent pas une prévalence en population générale.